L'orfèvrerie aux XVIII° et XIX° siècles

Au XVIIIè siècle en France, la production d'orfèvrerie est très importante et Paris jouit d'un prestige sans précédent. La Cour de France ainsi que les membres de la famille royale qui finissent par posséder, pour leur usage personnel, leur orfèvrerie particulière, suscitent une création sans précédent qui s'intensifie encore, grâce aux nombreux présents envoyés aux souverains de l'Europe entière et aux commandes qui affluent des cours étrangères, séduites par la qualité de l'orfèvrerie française.

Parallèlement, les nombreuses demandes des membres du clergé ont favorisé une abondante création d'objets de culte en métal précieux, demandes souvent fastueuses des prélats et des chapitres aux moyens importants ou beaucoup plus modestes, lorsqu'elles émanent des petites paroisses.

De nombreux évêques font façonner pour leur usage des chapelles d'ordination qui rivalisent en importance et en richesse avec les œuvres civiles. Ainsi le trésor de l'église La Daurade contient la chapelle de Mgr. de Cugnac, sacré évêque de Lectoure le 7 septembre 1772.Cette chapelle, œuvre de Jean-Charles Roquillet Desnoyers, orfèvre parisien connu pour ses créations de qualité, conserve à ce jour le calice et sa patène, le bassin, les deux burettes, le chrémeau et le bougeoir décorés d'épis, de feuilles d'eau, de godrons et de canaux. Chaque pièce porte le blason aux armoiries de Louis -Emmanuel de Cugnac : gironné d'argent et de gueule, ainsi que le poinçon du Maître Orfèvre( M.O) : J.C.R.D. La production artistique de Paris est de loin la plus recherchée . Le nombre de pièces parisiennes conservées dans les trésors des églises de France le prouve.

Même si certains orfèvres se sont spécialisés dans le domaine religieux, en atteignant une renommée confirmée, souvent les plus grands artistes n'ont pas hésité à exercer leur talent en ciselant des objets de culte. La richesse de la chapelle de Mgr de Cugnac est d'autant plus remarquable que certaines provinces sont particulièrement pauvres. C'est le cas de l'actuel département du Gers. L'intendant de la généralité d'Auch écrit en 1759 : " Je ne crois pas qu'il y ait de provinces dans le royaume où les églises soient aussi peu munies d'argenterie que le sont celles de mon département, sans en excepter même les catédrales qui ne laissent pas d'y être en assés grand nombre. Le faste ne règne point dans ce pays-cy, les fortunes y sont médiocres, on n'y a point de superflu, les églises sont presque toutes sans fabriques." D'ou la nécessité, pour des commandes exceptionnelles, de faire appel à des orfèvres parisiens.

Toutefois en dehors de la capitale, trois grands centres s'imposent avec une production de qualité destinée à une clientèle riche et nombreuse. Il s'agit de Bordeaux, Strasbourg et Toulouse qui draine les commandes du Languedoc. Toulouse fait preuve d'une inspiration créatrice reconnue et supplante rapidement la production de Montpellier, second centre important de la province. Deux familles d'orfèvres particulièrement réputées s'imposent, les familles SAMSON et VINSAC. Ils exécutent des œuvres représentatives du style rocaille qui s'épanouit à partir des années 1725-1730, privilégiant les courbes , les contre-courbes associés aux formes asymétriques et les ornements d'inspiration naturaliste ( coquillages, animaux et végétaux).

C'est Louis II Samson dit Samson cadet ( 1710- 1781) qui affirme avec talent le renom de la dynastie. Il réalise des pièces maîtresses que l'on compte parmi les plus belles de l'orfèvrerie française et qui peuvent rivaliser avec la production des grands orfèvres parisiens.

La croix d'autel (inv.98-3-4) est l'œuvre de son fils Louis III, dit Samson fils aîné (1753- 1822) de loin le plus prolixe de cette lignée et dont le nombre d'œuvres conservées à ce jour est impressionnant. Ayant beaucoup travaillé après la Révolution, une grande partie de sa production a pu échapper aux destructions.

D'autres orfèvres ont également contribué à la renommé de Toulouse, notamment la famille LACERE . Le premier a s'installer orfèvre est Bertrand I , reçu maître en 1654 On peut admirer dans le trésor de l'église Notre-Dame la Daurade, une patène, datée de 1718, œuvre de son fils Jean I dit Lacère père ( 1677-1756).

De son petit fils, Jean II dit Lacère fils (1715-1786?) subsiste dans le même trésor un calice en argent daté de 1763, représentatif de l'évolution générale des styles que l'on perçoit à partir de 1760,date à laquelle s'affirme le néo-classicisme caractérisé par un retour aux formes géométriques et un retour à un programme ornemental directement inspiré de l'Antiquité, nourri par la mise au jour récente des sites de Pompéi et d'Herculanum.

Le classicisme se prolonge tout à fait naturellement dans la production du début du XIXè siècle. Même si les conditions des orfèvres sont en pleine mutation en raison des bouleversements sociaux (suppression des corporations et diminution de la clientèle), il n'y a pas, sous le premier Empire, de véritable rupture avec la production du XVIIIè siècle .

C'est sous la Restauration qu'apparaissent les prémices d'un profond renouvellement avec la redécouverte des styles du passé notamment ceux de la Renaissance et du Moyen-Age.

Jean-Charles Cahier et surtout, François-Desiré, Froment- Meurice(1802-1855) illustrent cette nouvelle tendance. Leur notoriété est renforcée par l'octroi de charges importantes et des protections au plus haut niveau. Le premier est très proche de Louis XVIII et de Charles X. Le second est l'argentier de la Ville de Paris , puis attaché au service du Duc de Montpensier, l'un des fils de Louis Philippe.

Froment -Meurice a fortement marqué son époque tant par sa charge officielle que par son talent à ciseler des formes exubérantes et mouvementées souvent en ronde-bosse. N'est-ce pas lui que l'Académie des jeux Floraux de Toulouse sollicite pour réaliser sa récompense en forme de lys d'argent( inv : 98-3-47), cette fleur de métal précieux conservée dans le trésor de la Daurade et destinée à récompenser le lauréat de la meilleure poésie en occitan ?

Le XIXè siècle connaît une véritable renaissance religieuse qui suscite une production d'objets de culte extrêmement importante. On retrouve dans les formes des survivances du XVIIIè siècle que ce soit dans les calices, les ciboires ou les ostensoirs qui rappellent les " soleils" du siècle précédent .

Plusieurs orfèvres se sont spécialisé dans l'art religieux. Les plus célèbres d'entre eux ont été Jean-Charles Cahier sous l'Empire et, plus tard, Placide Poussielgue- Rusand (1824-1889) dont est présentée, dans l'exposition, une vierge en ronde - bosse dans la pure tradition gothique. On connaît les relations de cet orfèvre avec Viollet- le- Duc et son intérêt prononcé pour la période médiévale.

Avec Charles Christofle (1805-1863) et l'utilisation de la galvanoplastie, les solides traditions du travail des métaux sont bouleversées. L'apparition de nouveaux matériaux plus économiques met désormais l'orfèvrerie à la portée de la petite bourgeoisie .

Après la Restauration, les régions de France se laissent éclipser par Paris sauf celles qui ont su garder une activité héritée de leur passé. C'est le cas, entre autre, de Toulouse avec Joseph Favier, orfèvre qui a acheté la suite des Samson et dont plusieurs œuvres sont présentes dans le trésor de Notre-Dame la Daurade, notamment les trois encensoirs ( 98-3-31 ; 98-3-32 ; 98-3-33) où apparaît son poinçon insculpé avec le poinçon de contrôle à la tête de Minerve, en usage à partir du 10 mai 1838 et que l'on peut dater du milieu du XIXe siècle.

 

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