La caricature
Une caricature est
une déformation satirique par exagération de certains défauts.

Les
frères Carrache (XVIe siècle) ont inventé la caricature.
Mosini, dans la préface de leur recueil, utilise le mot latin caricare,
« changer » en 1646. Plus tard on l'appellera « portrait-charge
».
La caricature, au sens restreint du terme, est étroitement
liée à l'histoire de la gravure. En Suisse, comme partout en Europe,
elle est issue de la tradition médiévale de la grotesque et met
à profit les procédés de l'emblématique. Elle se
développe dans le domaine du pamphlet politique et religieux, stimulé
par la renaissance intellectuelle caractérisant la fin du XVe s. C'est
à Bâle, l'un des centres de l'humanisme, qu'est publié le
célèbre ouvrage satirique de Sébastien Bran[d]t, La Nef
des fous (1494), illustré de plus de cent gravures fustigeant la vanité
et la folie humaines. Le fou occupe une place centrale dans l'iconographie satirique,
notamment grâce à la renommée de l'Eloge de la folie d'Erasme
(Bâle, 1515). Les deux premières grandes personnalités de
la caricature suisse, Urs Graf et Holbein le Jeune, exploitent alors la veine
carnavalesque propre à l'iconographie de la danse des morts et du monde
à l'envers.
Au XVIe s., les querelles confessionnelles mettent la xylographie à leur service. Pour impressionner les foules illettrées, les partisans de la Réforme n'hésitent pas à jouer sur les registres les plus extrêmes de l'infernal, du scatologique, du sexuel ou du monstrueux. Cette imagerie réformée militante, produite à Bâle, Genève ou Zurich et le plus souvent anonyme, trouve en la personne de Thomas Murner, franciscain installé à Lucerne, un redoutable adversaire. Mais la censure s'installe aussitôt pour contrôler les abus et éviter les conflits religieux intercantonaux. A cela s'ajoutent les pressions politiques des puissants voisins, de la France en particulier, qui font du XVIIe s. la phase la plus pauvre de l'histoire de la caricature helvétique. Les Lumières, l'essor de l'illustration et de la technique de l'eau-forte, puis surtout la Révolution donnent naissance à la caricature moderne (l'usage du mot, issu, tout comme le terme allemand Karikatur, de l'italien caricatura ou charge/exagération, se répand alors). Le genre fleurit dans les milieux urbains conservateurs, dans l'espace privé ou semi-privé des société d'artistes, notamment à Zurich avec Johann-Martin et Paulus Usteri, Heinrich Meyer ou David Hess. Ce dernier signe occasionnellement ses charges du nom de «Gillray», indiquant par là l'importance des modèles anglais. Balthasar Anton Dunker à Berne, Abraham-Louis Girardet à Neuchâtel ou Wolfgang Adam Töpffer, le «Hogarth de Genève», prennent surtout pour thème les effets de l'idéologie révolutionnaire et de la domination française, tout en jouant volontiers sur le registre de l'allégorie ou de la fable.
Au
XIXe s., les progrès de la gravure (lithographie puis zincographie),
la mode de la physiognomonie, le renouveau des sciences naturelles et en particulier
l'influence des dessinateurs français (Grandville, Daumier) marquent
l'oeuvre des principaux caricaturistes, Martin Disteli, Johann Jakob II Ulrich,
Hieronymus Hess ou Heinrich von Arx. La clémence de la censure à
partir de la Régénération favorise la multiplication des
albums (dans la lignée des histoires en estampes de Rodolphe Töpffer)
et des périodiques illustrés, le plus souvent progressistes. Les
caricatures présentent volontiers des types sociaux tels le paysan, l'artiste,
le bourgeois, etc. Elles mettent en image les conflits confédérés
(scission de Bâle, affaire des jésuites, Kulturkampf...) et se
font l'écho des luttes politiques locales. Enfin, elles sont particulièrement
sensibles à la politique menées par les puissants voisins que
sont la France de Napoléon III et l'Allemagne de Bismarck. Ceux-ci exercent
des pressions diplomatiques sur la production pamphlétaire illustrée.
Or, depuis la Constitution de 1848, la Confédération n'a jamais
rétabli la censure préventive, même durant les deux guerres
mondiales qui donnèrent toutefois lieu à de sévères
mesures répressives. L'intensité de l'actualité politique
a toujours eu des incidences directes sur la caricature helvétique qui
n'a pas d'identité spécifiquement nationale, mais qui met en scène
les identités. En effet, les périodes de crises (avec les tensions
sociales des années trente ou le débat sur l'intégration
européenne) ont été des plus favorables à l'imagerie
satirique.
Depuis
la fin du XIXe s., la pratique de la caricature tend à se spécialiser.
Aux dilettantes d'autrefois succèdent des artistes pour qui le dessin
satirique représente soit un gagne-pain annexe ou temporaire, soit un
véritable métier. Ils sont associés à des périodiques
étrangers comme Félix Vallotton et Théophile-Alexandre
Steinlen ou à des journaux suisses tel le Nebelspalter (fondé
en 1875). Son Bildredaktor, Carl Böckli, alias Bö, devient l'un des
grands professionnels de la caricature dans l'entre-deux-guerres, avec ses collègues
Fritz Boscovits, Heinrich Danioth ou Albert Lindegger (Lindi). Notamment grâce
à l'installation de la SdN à Genève, la caricature s'approche
du journalisme pour imager les conférences internationales. Dès
lors, qu'ils s'intitulent dessinateur de presse, cartoonist ou illustrateur,
les caricaturistes suisses travaillent le plus souvent pour la presse quotidienne.
De plus en plus, ils présentent leurs oeuvres originales dans les festivals
et les expositions collectives qui se sont multipliées depuis quelques
années: indices d'un regain d'intérêt pour ce genre et cette
pratique à la fois artistique et journalistique.
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